St Yenne : « Tu renais de ton sang, et ta fille à son tour – Est Mère de celui qui lui donna le jour. »

Terrible histoire, propre à pousser l’individu à remettre

 en question tout ce qu’il a appris et adopté, toutes ses 

certitudes, toutes ses bases morales … Nous trichons 

tous quelque peu et trouvons toujours le moyen de nous 

absoudre de nos péchés et de nos fautes. Sans cela, 

il serait bien difficile à n’importe lequel d’entre nous 

de supporter la vie et de s’assumer.

Ecoutez cette incroyable histoire :

Pour avoir dérobé un quignon de pain pendant une période de grande famine au 17ème siècle dans le Sud de l’Italie, un homme du nom de Cimon fut condamné à la prison perpétuelle et à la privation de nourriture jusqu’à ce que la mort s’ensuivît.

Sa fille, nommée Pera, obtint de l’autorité carcérale le droit de lui rendre visite, à la condition qu’elle ne lui apportât aucune nourriture à consommer. Les gardiens furent sensibilisés à la chose et invités à y apporter une attention particulière.La fille rendait donc visite quotidiennement à son père et, après avoir passé un moment en sa compagnie, comme à échanger avec lui dans une grande proximité physique et complicité, elle s’en retournait, le laissant purger son calvaire dans sa geôle…

Les vigiles se moquaient d’abondance de l’entêtement de la fille et s’amusaient à parier sur le nombre de jours que le père pourrait résister à la faim. Certains ne manquaient cependant pas d’être intrigués par la résistance peu commune du vieillard.Ils finirent par ne plus en rire et décidèrent de renforcer considérablement leur surveillance. Ils fouillèrent la fille au corps à chacune de ses visites et en furent pour leur peine. Ils échafaudèrent alors plusieurs stratagèmes pour observer et analyser chacun de ses gestes pendant la visite à son vieux père.La surveillance tatillonne finit par payer et les gardes découvrirent, abasourdis, que la femme … allaitait en cachette son père, ce qui lui permettait, sinon de faire bombance, du moins de survivre.

Elle fut arrêtée et emprisonnée également mais ses geôliers étaient terrassés par l’émotion et le firent savoir à travers la ville, plaidant même vigoureusement pour que le cas fut réétudié et la sentence commuée. Ils obtinrent gain de cause et le vieil homme et sa fille furent libérés et renvoyés à leur foyer sans autre forme de procès.

Là est l’essentiel de cette curieuse et merveilleuse histoire. Il est évident qu’il s’en est immédiatement créé une multitude de versions, avec adjonction de romanesque, de sentimentalisme et autres eaux florales.  

La scène a été décrite dans le poème suivant, dû à Étienne La Font de Saint-Yenne, homme de lettres français qui vécut de 1688 à 1771 :

‘’Quel spectacle touchant ! Quel merveilleux tableau !
Chargé d’ans et de fers Cimon presque au tombeau,
Trouve au sein de sa fille une nouvelle vie :
Cimon ! de quel bonheur ta misère est suivie !
Tu renais de ton sang, et ta fille à son tour
Est Mère de celuy qui luy donna le jour.’’

Stéphane Mallarmé, « Brise Marine »

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres

D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe

Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l’ancre pour une exotique nature !


Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,

Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…

Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots ! 


Stéphane Mallarmé, « Brise Marine »

La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli. (Stéphane Mallarmé )

Nos oreilles, habituées dés nos premières années à entendre leurs récits mensongers,..( Sanchoniathon le Phénicien)

Sanchoniathon (en grec : Σαγχουνιάθων, du phénicien Sanchun-yaton, « [le dieu] Sanchun [l’]a donné », ou qui veut dire Philalèthe, « ami de la vérité ») est un auteur phénicien natif de Béryte(d’autres avancent Tyr ou Beyrouth selon le comte Robert du Mesnil du Buisson). Il aurait vécu avant la guerre de Troie, contemporain de Sémiramis, 20 siècles avant Jésus-Christ.

Son œuvre n’est connue que par quelques extraits traduits par Philon de Byblos sous le règne de l’empereur Hadrien et cités par l’évêque Eusèbe de Césarée dans sa Praeparatio Evangelica. Ces quelques fragments constituent la principale source écrite concernant la religion phénicienne.

L’existence même de Sanchoniathon a souvent été remise en cause, et on a supposé que le véritable auteur de ces fragments ne serait que Philon de Byblos lui-même, ou que ces textes seraient une compilation de diverses traditions, auxquelles Philon aurait donné une forme de pseudépigraphe.

En 1841, l’abbé Jacques Paul Migne, dans un ouvrage consacré à des démonstrations évangéliques, le tenait en haute estime, le qualifiant de « plus ancien des historiens », « initié aux doctrines de Thot« , écrivant ailleurs que « d’après la succession des rois de Phénicie, dit Porphyre, il n’était postérieur à Moïse que d’un ou de deux siècles », ajoutant « après Sanchoniathon viennent Homère et Hésiode, les plus anciens écrivains grecs ».

Dans son Mémoire sur SanchoniathonErnest Renan écrit que Philon de Byblos peut être envisagé comme un polygraphe sérieux et érudit, quoique dénué de critique, et non comme un faussaire, et il démontre par des textes que Sanchoniathon, ayant vraisemblablement vécu sous les Séleucides, était connu dans l’antiquité classique et que plusieurs particularités de son Histoire phénicienne(Φοινικικὴ ἱστορία / Foinikikī̀ hístoría / Phoenicorum historia) ne s’expliquent que par l’origine phénicienne du livre (Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1857). On tend à considérer de nos jours la traduction de Philon comme une interprétation hellénistique de matériaux phéniciens.

Plus haut, toujours plus haut! Henri Gougaud

Une dame taupe, un beau jour, se sentant des chaleurs partout, se mit en quête d’un époux. « Mais je ne me donnerai pas à n’importe qui, se dit-elle. Je veux du haut, très haut placé ». Elle était fière, un peu pimbèche. Elle alla s’offrir au soleil. Il la reçut courtoisement, lui dit qu’il était honoré.
– Mais à vrai dire, ajouta-t-il, ma valeur est un peu surfaite. Un nuage suffit à éteindre mes feux.
« Un nuage ? pensa la taupe. Voilà donc l’époux qu’il me faut ». Elle en croisa un, en chemin. Il était gris, il était gros, signe incontestable d’aisance.
– Hélas, lui dit-il, chère amie, que serais-je, moi, sans le vent ?
Elle courut après la bourrasque, lui cria :
– Veux-tu m’épouser ?
– Pourquoi pas ? lui répondit l’autre. Mais s’il est vrai que tu exiges un puissant parmi les puissants, sache que le Bouddha de pierre qui trône au milieu de ton champ me résiste depuis mille ans. Il est vraiment trop fort pour moi.
Elle trottina jusqu’au Bouddha.
– Fort, moi ? dit-il. Restons lucides. Qu’une taupe vienne creuser une galerie sous mon trône, et je m’effondre, et je me brise, et je ne suis plus rien du tout.
La taupe épousa une taupe, et elle en fut contente, en plus.