
Souvenir .( Rainer Maria Rilke )

Une vie sans amour ne compte pas. Ne vous demandez pas quel genre d'amour vous devriez rechercher, spirituel ou matériel, divin ou terrestre, oriental ou occidental. L'amour n'a pas d'étiquettes, pas de définitions. Il est ce qu'il est, pur et simple. "L'amour est l'eau de vie. Et un être aimé est une âme de feu ! L'univers tourne différemment quand le feu aime l'eau."



Pourquoi dit-on que trois heures du matin est l’heure de la plus grande solitude? Elle est pourtant pareille aux autres : une heure creuse. Qui écrit que dans la solitude de l’âme il est toujours trois heures du matin?
Vois comme la nuit est tranquille! Quelle paix sur la ville! Les rues sont vides, c’est comme si la mer s’était retirée.
Comme la maison est silencieuse! Le jeune étudiant et sa belle maîtresse serrés l’un contre l’autre dans le lit trop étroit se sont endormis. Nos vieilles elles-mêmes ne font plus entendre le moindre bruit. Tu peux prêter l’oreille : pas un soupir, pas une toux, pas un bruit de porte ou de pas. Nos vieilles ne dorment sans doute pas toutes, mais celles qui ne dorment pas se taisent assises dans leur lit les yeux ouverts. Elles n’ont pas allumé parce qu’il faut faire des économies et à quoi bon une lampe quand on ne regarde plus qu’en soi-même?
Elles repassent, elles attendent, elles égrènent leur chapelet en priant pour les enfants morts.

La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes et le plus révélateur d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie.
Hannah Arendt


Cette photo a été prise à Damas en 1899. Le nain est Samir. Il est chrétien et ne peut pas marcher. Celui qui le porte sur son dos est Muhammad. Il est musulman et il est aveugle.
Mohamed compte sur Samir pour lui dire où aller, et Samir utilise le dos de son ami pour naviguer dans les rues de la ville. Ils étaient tous les deux orphelins et vivaient dans la même pièce.
Samir était un hakawati, il avait le don de la narration et racontait des histoires de mille et une nuits aux clients d’un café à Damas, Mohamed vendait des bolbolas devant le même café et aimait écouter les histoires de son ami.
Un jour, lorsqu’il s’est retiré dans sa chambre, Muhammad a trouvé son compagnon mort. Il a pleuré et pleuré son ami pendant sept jours d’affilée. Quand on lui a demandé comment ils s’entendaient si bien, étant de religions différentes, il a seulement dit ceci :
« Ici, nous étions pareils », pointant de sa main sur son cœur.



