Le déséquilibre n’est pas le désordre, lui disait souvent son aïeule. Il est nécessaire à la vie. !! (Aline Kiner)

Cette âme est si brûlante en la fournaise du feu d’amour, qu’elle est devenue feu,!! ( Marguerite Porete )

Brûlée le 1er juin 1310 à Paris, Marguerite Porète a laissé avec Le Miroir des simples âmes l’un des rares témoignages de première main sur les opinions qui caractérisent le mouvement du Libre-Esprit. Son enseignement, perpétué par Bloemardinne de Bruxelles (morte en 1335) et peut-être inspiré par Hadewijch d’Anvers (milieu du XIIIes.), identifie Dieu à un éternel flux d’amour, dont chaque être humain participe dès l’instant qu’il épure sa nature des obligations spirituelles et matérielles, entraves à sa liberté.

Originaire du Hainaut, Marguerite Porète (ou Porrette, ou Poirrette) est qualifiée tantôt de béguine clergesse très savante, tantôt de pseudo-mulier, terme appliqué aux béguines errantes. Elle-même se décrit comme une « mendiante créature » en désaccord avec l’ensemble du clergé : « Béguines disent que je suis dans l’erreur, ainsi que prêtres, clercs et prêcheurs, augustins et carmes et les frères mineurs. » Un premier ouvrage, écrit par elle sur « l’être de l’affinée amour », est brûlé vers la fin du XIIIe siècle, à Valenciennes, sur les ordres de l’évêque de Cambrai, qui interdit à Marguerite de diffuser d’autres livres et doctrines sous peine d’être jugée hérétique et relapse. Dénoncée à l’inquisiteur de Haute-Lorraine pour avoir récidivé avec un ouvrage intitulé Le Mirouer des simples âmes anienties et qui seulement demourent en vouloir et désir d’amour, elle est arrêtée et comparaît en 1307 devant Guillaume Humbert, inquisiteur général de France et futur responsable du procès des Templiers. Fidèle à « cette âme libre qui ne répond à nul si elle ne le veut », elle refuse de prêter serment et, après un an et demi d’emprisonnement, est condamnée comme hérétique et relapse.

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Les mots étaient lumière. (Christian BOBIN )

« Cette âme est si brûlante en la fournaise du feu d’amour, qu’elle est devenue feu, à proprement parler, si bien qu’elle ne sent pas le feu, puisqu’elle est feu en elle-même par la force d’Amour qui l’a transformée en feu d’amour »

« Cette âme est écorchée vive en étant mise à mort, elle est embrasée par l’ardeur du feu de la charité, et sa cendre est jetée en haute mer par le néant de sa volonté » .

Née vers 1250 à Valenciennes, dans le Hainaut, l’auteur de ces lignes prémonitoires est morte brûlée vive en place de Grève à Paris le 1er juin 1310 pour avoir écrit vers 1290 en langue picarde un livre, le Mirouer des simples âmes anienties et qui seulement demourent en vouloir et desir d’amour, qui ne lui a été attribué que fort tard, en 1946, grâce à l’érudition de Romana Guarnieri .

De la vie de Marguerite Porete nous ne savons que ce qui en a été écrit dans les registres de l’Inquisition qui entérinent sa condamnation et sa mort tragique sans citer le titre de son livre. Ce qui est certain, c’est que le livre qui a provoqué sa condamnation et sa mort a circulé dans toute l’Europe avant et après sa mort et a connu un immense succès .